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Chant des limaces sous les étoiles » L'importance de crier | Bloguez.com 

 Chant des limaces sous les étoiles

29/10/2009



Par où commencer la voix se trouble le vent monte à la croisée

des sens  et des vipères   J’apprends le mouvement

J’ai des bras j’ai des jambes  à mon cou qui m’étranglent  J’ai

déserté ces nuits noires  où des fantômes passaient

entre nous comme la mort sans nous voir


Partout   nulle part les miradors   les radars  nous embrassent

les lèvres des égouts montent à la surface

On a perdu la trace  de l’air

L’harmonie des couleurs

Tout s’écroule

Tout se barre


par où  passer des cordes égorgent le trottoir

des corps entrelacés ont   rempli les mangeoires

La vie c’est court  la vie s’écourte

   j’ai

 le souffle qui court

j’entends les sirènes qui m’appellent

  j’entends

hisser la grande échelle

 

Le mot répond au mot   et se morcelle

 

la parole se répand

en dehors de la page

Tout va trop vite

la lune court à travers bois

La lune enrage


J’ai jeté les étoiles de part et d’autre dans les fossés

Comme on jette des cadavres à la sortie des villes lumière

derrière les murs de ciment frais

J’ai versé par-dessus l’essence

Et le feu a rompu la digue

brûlé mes sens

mené ses zigzags en flammèches


là où s’accouplent les silences

 

loin

 

je nous voyais   moi   et mon rêve  comme une peur endormie

Enchaînés sur les toits d’une ville d’un autre monde

et contemplant le luxe le calme la volupté

L’effroi s’étale à cent lieues à la ronde

du bout des ongles je m’enfuis

je fugue  je détale

au milieu du brouillard

je creuse le passage

vers ces terres inconnues  qui font comme des aimants de nos pupilles


là où la terre est blanche  à boire l’amour des vies entières

On y entend  le vent la mer

et les pluies douces   à irriguer nos veines


les nuages passent

  Au vol

 je voudrais attraper

dans les préaux dénudés d’enfants

 tout grelottants

  tout rêches

   Ces quignons de lumière

 qui percent entre les branches

sous des monceaux de soleil et de fleurs

 

Et la terre chiale

 

par où passer

quelle image appeler

quelle ombre remonter du puits de la mémoire

La poulie grince et le seau est percé

 

La nuit s’attarde

la nuit se farde de néons

Le néant cerne l’évasion

des sons et des échardes

J’emporte dans ma gorge un rêve

avalé de travers

 

Des boas d’amour nous étranglent

Peurs de l’éveil

et peurs du jour

Les corps font des gestes étranges

 

J’ai dormi en hurlant

J’ai dormi en courant


J’ai menti à ces rues  qui portaient

la boue spectrale de mes os

Croyant que je les voyais, non pas comme cette armée de pigeons-salamandres

palpitante de morve et de cendre

Mais comme des rues, ventriloques et sinueuses, toutes pleines de leur caractère de rues mollasses

tout encombrées d’égouts où les corbillards passent


J’ai menti aux étoiles

aux doigts qui se penchaient jadis à mes paupières


Où continuer la voix descend le talon glisse sur le trottoir

Je me prends à ramper

J’ai honte Des yeux me matent des figures estropiées

croupissent entre les vitres

creusées de souterrains où chantent des limaces

pourries   et noir-dentées


Vers où partir


Quitter

ce siècle qui sera un siècle de rien

de chuchotements dans des caves  insonorisées

de déserts gigantesques

et somptueux

montés sur pilotis

tremblants hypothétiques


Passer l’éternité

noyés dans un ghetto

dont les remparts renvoient

d’épileptiques musiques

À manger nos chaussures

les yeux matant d’autres yeux dans la glace

Lentement je m’efface

je disparais

je deviens invisible

happé par le refrain  motorisé des âmes


Ma parole est à peine

plus lourde que moi


Les corps remontent

j’oublie la gravité

La mer charrie la musique et les ombres

Radeaux de cuir

tendus sur le tambour


tendez l’oreille tendez

vos mains comme en prière

que l’on sache à présent si des serpents gravissent

les échafaudages de ma voix


Et les croûtes de la terre jusqu’ici sourdes et lâches s’ébrouent en hennissements pitoyables

Comme des hanches de l’enfer

gelées

Gelées mes veines  creusées d’orbites  et de tunnels

mes pauvres illusions

Devant mes yeux dorment les horizons

Ils sont couverts de riens couverts d’ombres portées

Ils ne sont pas couverts d’arcs-en-ciel

Pas de voile de bateau

Pas d’azur

Pas de pluie

Rien

Rien que la ronde infiniment dénuée de voix  de sens

Le fracas d’ailes des hirondelles

et des limaces

Sous les étoiles







van gogh nuit


 

Tags : chant limaces etoiles

Catégorie : Poèmes

Commentaires

L'Anonyme, le 13-11-2009 à 19:09:27 :

Sublime

Que dire... C'est magnifique, un véritable talent ici !
Les silences, loin, sont repoussés, le paysage parcouru de la terre au ciel, merci en tout cas pour ce texte !

Amir_, le 03-11-2009 à 11:47:33 :

Commentaire sans titre

C'est magnifique. Continue, quoi. Merci Anton.

 antonkarmazoe, le 31-10-2009 à 16:42:12 :

.

Ouaip. Salut, Mijo !

Miijo, le 30-10-2009 à 13:39:42 :

Itinéraire

j'ai suivi ta voix jusqu'au bout de ce chemin  glissant comme un chant de galaxies
blues blues blues

toujours une torture viscérale et ses images coupantes comme des éclats sans joie

un régal en Poésie

cependant, entre nous, il arrive que la lumière fuse et dans l'échancrure de la toile, les couleurs aussi assassinent

au plaisir de te lire

Mijo

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