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Ne plus dormir » L'importance de crier | Bloguez.com 

 Ne plus dormir

30/7/2009

 

 

 

Le néant face   à face

Ce vaste trou où les affres s’entassent

il en remonte toujours comme une longue chaîne

de mots   et de pénombre

tirant depuis le fond du puits vers la lumière

le frémissement   toujours plus dur   d’une pierre frappant le vide

des visages en prière

et l'arc tendu  de nos doigts  dans l’espace

 agrippant d'immatérielles poignées

 

J'ai forcé une porte au fond de ma mémoire

Les draps se lisent à l'envers

et des bouts d'univers

crèvent de froid dans une baignoire

 quelque part sous la terre

On a fini de rire

 

Je ne sais plus vraiment ce que mon corps veut dire

ni ce que je voyais

quand j'effleurais du bout des ongles

cet embryon d'amour   cette fausse-couche


Et cette main  sur mon cou  qui me tire

des lèvres dénouées qui ne veulent rien dire

À tâtons des enfants recherchent la sortie

la cendre étouffe les clôtures

Mieux vaut ne pas savoir  ce que l’ombre murmure

 

La nuit

quand il n'y aura que quelques moignons de lumière

et puis le bruit des trains  sur les charpentes secouées

J'aurai la gueule de je ne sais quel paysage

avec une route barrée

on y aura dressé vingt ou trente pièges à loups

et des brasiers épars

pour que les fous me voient

de loin

balancer mes grimaces  comme un enfant qui joue

à poil   sous les arcs-en-ciel cacochymes

 

Je me cache

Je suis ce chien perclus  et veule

embusqué

enterré

tapi dans les tunnels mouvants de la mélancolie

pétrifié dans la honte de son propre enlisement

  ou plutôt

     dans l’attente

d’on ne sait quoi  d’on ne sait qui

venu d’en haut

ou bien de quelque chose  semblable à la lumière

 

C’est la nuit

rouge

et sale

comme la dent qui défend  la gueule de la panthère

 

c’est l’éveil

 

Le soir   j'ai sur la peau  collés  des chats-huants

 des lézards

oiseaux verts  qui dérobent  leur lenteur aux fusées

 Et qui me mènent

fumants, nus,  crevants de nirvanas jaunes  ou noirs

partout où l’air s’infiltre encore

 

Tièdes profondeurs rampantes  des puits  claquant des dents

tièdes profondeurs vibrant d’un halètement nouveau

  au fond desquelles je funambule

 le visage ondulant de processions silencieuses et rouges

 

c’est l’éveil

et vers la mer

lardée d'hameçons  rêvant  aux lunes prisonnières

on sent battre ces mains  amputées des ténèbres

qui m’appartiennent

 

L'immense et l'infini

     là-haut

          se défenestrent

c’est l’éveil

lucide

mais funèbre

qu’on entend

c’est la chute ...

 

… je ne peux plus passer

comme un iris crevé  au travers du black-out

je ne peux plus passer

ma vie

à respirer  des lézards par la bouche

la tronche enfouie dans une mare de lucioles

c’est fini

 maintenant que les câbles se touchent

c’est en moi que je puiserai  la force de faire enfin s’écrouler l’aurore

et d’embrasser

dans l’insomnie   les fantômes et les corps.

 

 


 

Catégorie : Poèmes

Commentaires

Amir_, le 28-09-2009 à 19:04:42 :

...

La vache c'est beau quand même

j'aime les textes qui révèlent quelque chose de complètement nouveau a chaque fois qu'on les relit. Je suis toujours fasciné en te lisant. J'aime les "cables", les "claquements des dents", le "bruit des trains", les "ongles", et toutes ces couleurs qui me rappellent rimbaud, mais que tu fais tiennes.

Je n'ai pas accroché au dernier poème mais bah! ca reviendra

bonne chance Anton

Miijo, le 08-08-2009 à 11:32:44 :

Maelström

c’est l’éveil

et vers la mer

lardée d'hameçons  rêvant  aux lunes prisonnières

on sent battre ces mains  amputées des ténèbres

qui m’appartiennent

 

L'immense et l'infini

     là-haut

          se défenestrent

c’est l’éveil

lucide

mais funèbre

qu’on entend

c’est la chute //



mon passage préféré


Encore une fois, pour faire simple, tu délivres un maelström d'images et d'émotions (à mon avis, pas toujours ici de même qualité ou d'intensité, mais c'est peut être juste une question de culture et d'humeurs...)


 cacochyme est tombé comme un cheveu dans la soupe Même si je suis pour la richesse et la nuance du vocabulaire, la recherche d'harmonie ou de contraste, ici, j'ai pas aimé.


En tout cas, dans un univers poétique  nombrilique et déprimé, c'est toujours un plaisir de te lire.


Mijo

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