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Désert » L'importance de crier | Bloguez.com 

 Désert

25/4/2009

(Complainte)




Désert t'étreindra-t-on toujours
Lueur tarie au fond du corps
Tant que s'éteindront nos amours
Noyés nous traquerons encore
Les traits cachés de ta figure

 
 
Je fais de ma vie une grande maison vide
aux murs chargés de cendre aride
où résonnent des milliers de bruits de pas
et le boucan frileux de cent bagnoles qui passent
chaque seconde au-dessus de ma tête
 
Ici le bruit du monde a un goût de viande froide
il a le goût des corps qu’on frôle
et nous restons assis
dans l’ombre de la geôle
à écouter
sans ne savoir jamais s’il faut rire ou pleurer
les chiens qui rêvent à voix haute
 
Et les voix disent
les derniers mots de nos histoires
le dernier cri des sirènes qui s’éloignent
et la lumière éteinte des gyrophares
qui lâchent leurs tout derniers soupirs
sous la poitrine nue d’un homme
étendu mort sur le trottoir
 
On ne se connaît pas de terre
ni de racine
on ne lit plus l'effroi dans ce ciel qui nous broie
Nous n'avons peur que de nous-mêmes
le soir quand la nuit vient
et qu'on ne voit plus rien dans la fosse des miroirs
ou dans les yeux des autres
que le désert immense
informe
sans feu ni sans chaleur
 
Et le bruit dit
je suis le cri sans fin
   je suis le cri lancé
        par un enfant qui meurt sans air dans les cyclones
 
Tu regardes ces rues de ton Paris sans vie les rues de ton Moscou
sans vent sans neige et sans étoile
tu regardes ces rues où les autos balayent de leurs phares les visages
et les vitrines des cafés noirs
où tu traînes
comme une danse
ta dérisoire déréliction
 
Et à tendre l’oreille
  parfois quand la mer monte    au fond de la nuit noire
on entend des voix qui racontent
          quelques chansons quelques histoires
 

Désert t'étreindra-t-on toujours
Lueur tarie au fond du corps
Tant que s'éteindront nos amours
Noyés nous traquerons encore
Les traits cachés de ta figure
 
Longtemps nous suivrons notre exode
Ivres d'attendre un autre hiver
Et nous berçons nos antipodes
Sur les braises d'un univers
Qu’on appelait l'imaginaire

 
 
On serait bien restés quelques siècles encore
cachés dans l'ombre
à écouter
les ricochets de nos voix dans le vide
 
Mais à attendre trop de temps   au milieu des silences
      le son de nos cœurs sonne faux
comme une montre qui avance
   de dix mille ans
       à nos tympans
 
Continuer à parler
avec du sable dans la bouche
avec du feu
continuer à parler
fendre les voiles qui masquent la tempête
 
Nous suivrons les paroles qui viennent comme des comètes
mettre le feu aux cataractes
et aux poumons morts de la terre
 
Dans le ramdam des sacrifices
                        au milieu de la foule
il y a comme un feu d’artifice
                 qui s’est levé  comme une houle
et nous avons des yeux d’enfant
nous avons de ces yeux qui comblent le néant
   Il y a plein d'images de la mer
       balancée dans les airs entre les ailes molles des oiseaux
 
On s'en prend pour un tour des lumières qui s'étalent
sur tous les visages de la mort
et sur les langues de fer de nos derniers voyages
 
Désert
vide ajouré de nos histoires
vide  immense vide
entre les barreaux des prisons
Désert
   nous t’étreindrons toujours
 épiant dans chaque forme
un trait de ton visage
  cherchant l’enchantement au fond de l’immobile

À jamais nous ferons d’incroyables voyages
 nous poursuivrons notre néant
   sous les éclairs bleus des veilleuses
     à voir couler les océans
        entre les seins des amoureuses
on attendra la fin ouverte
    sans ne jamais voir le coupable
  dans la chambre sans meuble où pénètre
le vent du soir gonflé de sable
 

 
on marchera encore entre les réverbères
qui s’éteignent un à un
dans les crevasses éblouissantes de la terre
soufflés par les derniers soupirs qui chantent
des chansons pour les chiens
 
Les arbres noirs sur les chemins
disent qu’il est déjà trop tard
pour atteindre seulement la ligne de départ


Désert
regarde-nous
nous n’écouterons plus nos bouches se répondre
 nos cœurs qui sonnaient faux
  s’éteignent dans la nuit
       et nos rêves qui s’effondrent
         leurs débris s’en vont suivre sans bruit
           le vol des oiseaux sur la mer
 
 
La bouche se referme
la crevasse du monde
a avalé son tout dernier souvenir
et nos chansons retombent
dans un bruit de métal
qui retentit un temps au milieu de nos tombes
 
 
Il s'est éteint
 
 
la terre est plate à l’infini
qui roule  et roule
avec violence
 
Alors tu entrevois
   Comme à travers l’autre lumière
   À travers la dernière
   des dernières
tu entrevois
    derrière
       le verre des minutes qui tanguent dans les airs
l'ombre de ton reflet
  aux vitres délavées
et tu ne songes plus qu’à sceller tes paupières
  tout est triste à crever.

Catégorie : Poèmes

Commentaires

la nouille martienne, le 11-05-2009 à 11:31:26 :

écho

un texte d'une telle profondeur ne doit pas rester sans écho
pour une fois, la longueur ne m'a pas gênée, les images se sont chevauchées comme des dunes à l'infini, la perspective est glaciale à souhaits et pourtant ça brûle
j'ai été ballotée sur cette vague sèche, entraînée, bousculée, puis momifiée

hallucinant comme tu arrives à nous faire participer à nous incruster dans ce désert hurlant

respect

Mijo

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