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 L'importance de crier

20/3/2009

(Poème facile, version "bêta")

 

 

 

 

 

 

 

Il faut savoir prendre la route. Les arbres les peaux nues les enfants, tout ça vous colle aux bras un moment et puis, souvent, ça part avec le vent dans les trous d'eau. On dit que tu es belle comme l'Afrique, que les mains des déserts s'accrochent à ta peau et puis à tes paupières. On dit que tu t'emmures.

Que tu couvres tes yeux avec du verre meurtri

avec des oiseaux morts

On dit que tu t'endors

parfois

autour des fenêtres presque éteintes

de la ville résonnante de musiques nègres

et autour du soleil si vieux

si vieux

criblé de lianes de glace et de cloques de verre

On dit que tu t'enterres

Seule

seule

dans ta salle à manger

 

Serre-toi contre la table serre-toi

tu finiras par avoir chaud

un peu

Épelle-toi sous la pluie raconte-moi

l'histoire de ton corps

La terre aussi est toute fendue tu vois

tu as le visage de la terre

on dirait

un volcan

si long et si largement ouvert qu'on entrevoit  les veineuses rougeurs de chair et d'or

de ses poumons incendiés

Et les langues de la mer défonceront nos tempes coupées de silex noirs

et le reflux des siècles morts des siècles à venir grands parleurs de nuits interminables et sourdes entre les crissements d'ongles

le reflux des silences mous des silences nus des silences de la mer

sillonnera bientôt ton front de bois coupé ton front plein de rivières

 

Tu es assise à regarder l'océan qui déferle

à cent mille bornes à la seconde

au-devant des écluses ouvertes de ton ventre

Et rien ne ressemble plus à la lenteur que la trajectoire des comètes qui traversent tes yeux et transpercent ta tête

 

Ça a quand même une put ain de force la mer

Regarde-la regarde-la la liberté qui vient

entre les bras tombés entre les feux d'alarmes

regarde-la

 

si seulement on avait pu renaître

relancer dans les vagues nos poings nos torses nos gorges vertes

et mes murmures à ton oreille glissaient comme le simoun comme la mer enchaînée dans les jungles gelées

et tu criais

tes poumons ressemblaient à l'éveil des villes  aux mors luisants des chevaux sur le sable

sur les chemins et sur les dunes jaunes on s'enroulait la peau le cœur les omoplates

et ton écorce où s'agrippait ma langue

je la revois

lue et relue dans tous les sens et sous tous les soleils

Tu sais je t'aime enfin ce soir en pleine nuit

sur les boulevards jamais finis

sur les cratères

 

JE t'aime enfin

 

prends-moi les yeux

Je voudrais voir enfin ton crâne sans toutes ces faces derrière les vitres sans tous ces sarcophages

je voudrais voir

la nuit sur ton visage

avec tes jambes entre mes dents

et voir les phares les caniveaux de tous les ports les villes aux gares éteintes avec leurs ponts coupés et leurs corps effondrés

Basse-Pointe La Paz Riazan Kinshasa mes amours regards de verre pilé

et puis les parfums noirs de ta lune l'arbre de tes épaules

 

ça vous a une force gigantesque toutes ces choses qu'on ne voit pas

qui respirent en nous sur nous

et dans les plis trempés   sur la peau brune de la terre

on vit dans un monde fade et je veux être un extrémiste du monde

et vivre enfin quoi merde on n'a qu'une seule vie on se l'est dit déjà

on n'a qu'une seule vie et c'est tant mieux peut-être ; Une ; Grosse comme un seul put ain de brin d'herbe  Tout vert ou bien cramé par le plus grand soleil de l'été.

J'aurais aimé être avec toi une fille au doux visage sur une grande avenue pleine de lumières. J'aurais voulu pêcher dans le fleuve sourd de l'Afrique. J'aurais voulu pêcher sous ces grandes figures de terre pleines de silence jusqu'aux nuages. C'est grand l'été sur ton visage c'est chaud l'été à faire l'amour au creux des arbres dans les trous des rochers débordants d'eau. Coupe mes racines coupe-moi les mains lance-les partout lance mes doigts sur le ciel et sur les autoroutes, C'est extra tes yeux couverts de vagues et les voiliers de ton visage qui jettent du bleu partout sur mon cœur sur ma gueule sur mon ventre. Cessez de dire que la vie est une pute qu'il ferait bon parfois s'inonder les entrailles il y a des gouffres bleus jusqu'au fond de ta tête et des chansons d'enfants morts peut-être mais pleins de couleurs inventées ça résonne au fond des vieux troncs creux pourris ça sent comme un envol de vers de terre comme des oiseaux sous la pluie sur un fil électrique, J'aime la terre remplis ma tête de terre je voudrais sentir l'herbe ou bien le froid la nuit quand tout est mort sauf toi qui danses en haut des buildings et les grandes lumières de la ville qui valdinguent sur le ciel noir entre tes yeux   je t'aimerai même derrière le mutisme absolu des oiseaux même sous le plafond qui a lancé sa toute dernière bouée au fond de l'ombre Et qui n'a plus rien. Faisons tomber la pluie de terre faisons chuter les pierres que je te voie encore avec tes yeux un peu paumés là-haut que je te voie encore emmêlée dans les villes

Et on coulera nos peaux dans le rire alangui des vagues on s'élancera sur le fleuve de nos corps parcourus d'encre et de peinture on passera sur les nids brûlants des troupeaux sur ton sourire pendu aux branches du caroubier  On fera de nos doigts des sagaies et on fendra la terre immense au rythme des tam-tams et les mangroves de sexes bleus de clameurs fauves et de tonnerre hurleront pour nous jusqu'au fond des blessures jusqu'aux racines lointaines de la nuit assourdie

et du sang

 

Mon dieu comme c'est facile d'écrire le mot sang comme c'est facile de dire "tu crèves lentement de froid sous le soleil" mais tu es seule très seule

tu es seule

tu crèves lentement sur le toit des immeubles

et des milliards d'avions contournent ton visage

et tu ne vois plus rien que le désert immense l'horizon les nuages

l'océan des ravages et la pluie sous tes ongles

restés plantés dans le décor

au fond des traînées d’herbe et sur les planches cloutées

Tends ta main vers l'avant donne-la à la fenêtre regarde en bas nos tronches sur les vitres

et le soleil

tu l'entends il éclate en mille petits morceaux de verre dispersés dans le vent

Regarde regarde-le tout ce béton qui monte   les nuages sont si grands  Regarde

 

regarde

 

Je veux un masque de terre

toi tes pieds plantés dans l’air aube coupée poumon réinventé

toi tes pieds plantés dans la mer sourde

Je veux un masque de terre

long voyage longue danse ouverte sur le fleuve  long serpent long

Comme une vie long comme un dernier cri









Mars 09

Catégorie : Poèmes

Commentaires

Cheval fou, le 13-04-2009 à 22:08:25 :

première visite

Je découvre votre blog et votre écriture, j’y trouve la fureur, le talent et la force du texte

Je reviendrai.

Jms - http://chevalfou.over-blog.net

 antonkarmazoe, le 22-03-2009 à 12:03:59 :

.

Merci Malvina,
ça c'est une bonne nouvelle ! J'attends avec impatience de réentendre ta voix ;-)

Malvina Spire, le 22-03-2009 à 00:41:22 :

Oulala !

Et bien une version bêta qui est en béton !

Des moments forts, sincères, intimes qu'on prend en pleine figure et on en redemande.
La Nouille a raison que c'est bon !

Merci

P.S. J'ai enfin un micro ! mais j'ai quelques problèmes pour envoyer mes enregistrements...dailymotion, putfile refusent le format de mes enregistrements. je dois faire une mauvaise manip au départ...

la nouille martienne, le 20-03-2009 à 12:55:09 :

Perenne


toujours aussi prolixe ...

je me suis mise en orbite et j'ai goûté aux couleurs de ta planète fleuve

ébloui par ses mille facettes aiguisées

dieux, que c'est bon, que c'est beau de découvrir  un monde qui se dévoile sans fard ! 

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