Il faut savoir prendre la route.
Les arbres les peaux nues les enfants, tout ça vous colle aux bras un moment et
puis, souvent, ça part avec le vent dans les trous d'eau. On dit que tu es
belle comme l'Afrique, que les mains des déserts s'accrochent à ta peau et puis
à tes paupières. On dit que tu t'emmures.
Que tu couvres tes yeux avec du
verre meurtri
avec des oiseaux morts
On dit que tu t'endors
parfois
autour des fenêtres presque
éteintes
de la ville résonnante de musiques
nègres
et autour du soleil si vieux
si vieux
criblé de lianes de glace et de
cloques de verre
On dit que tu t'enterres
Seule
seule
dans ta salle à manger
Serre-toi contre la table serre-toi
tu finiras par avoir chaud
un peu
Épelle-toi sous la pluie
raconte-moi
l'histoire de ton corps
La terre aussi est toute fendue tu
vois
tu as le visage de la terre
on dirait
un volcan
si long et si largement ouvert
qu'on entrevoit les veineuses rougeurs
de chair et d'or
de ses poumons incendiés
Et les langues de la mer
défonceront nos tempes coupées de silex noirs
et le reflux des siècles morts des
siècles à venir grands parleurs de nuits interminables et sourdes entre les
crissements d'ongles
le reflux des silences mous des
silences nus des silences de la mer
sillonnera bientôt ton front de
bois coupé ton front plein de rivières
Tu es assise à regarder l'océan qui
déferle
à cent mille bornes à la seconde
au-devant des écluses ouvertes de
ton ventre
Et rien ne ressemble plus à la
lenteur que la trajectoire des comètes qui traversent tes yeux et transpercent
ta tête
Ça a quand même une put ain de force
la mer
Regarde-la regarde-la la liberté
qui vient
entre les bras tombés entre les
feux d'alarmes
regarde-la
si seulement on avait pu renaître
relancer dans les vagues nos poings
nos torses nos gorges vertes
et mes murmures à ton oreille
glissaient comme le simoun comme la mer enchaînée dans les jungles gelées
et tu criais
tes poumons ressemblaient à l'éveil
des villesaux mors luisants des chevaux
sur le sable
sur les chemins et sur les dunes
jaunes on s'enroulait la peau le cœur les omoplates
et ton écorce où s'agrippait ma
langue
je la revois
lue et relue dans tous les sens et
sous tous les soleils
Tu sais je t'aime enfin ce soir en
pleine nuit
sur les boulevards jamais finis
sur les cratères
JE t'aime enfin
prends-moi les yeux
Je voudrais voir enfin ton crâne
sans toutes ces faces derrière les vitres sans tous ces sarcophages
je voudrais voir
la nuit sur ton visage
avec tes jambes entre mes dents
et voir les phares les caniveaux de
tous les ports les villes aux gares éteintes avec leurs ponts coupés et leurs
corps effondrés
Basse-Pointe La Paz Riazan Kinshasa
mes amours regards de verre pilé
et puis les parfums noirs de ta
lune l'arbre de tes épaules
ça vous a une force gigantesque
toutes ces choses qu'on ne voit pas
qui respirent en nous sur nous
et dans les plis trempés sur la
peau brune de la terre
on vit dans un monde fade et je
veux être un extrémiste du monde
et vivre enfin quoi merde on n'a
qu'une seule vie on se l'est dit déjà
on n'a qu'une seule vie et c'est
tant mieux peut-être ; Une ; Grosse comme un seul put ain de brin d'herbeTout vert ou bien cramé par le plus grand
soleil de l'été.
J'aurais aimé être avec toi une
fille au doux visage sur une grande avenue pleine de lumières. J'aurais voulu
pêcher dans le fleuve sourd de l'Afrique. J'aurais voulu pêcher sous ces
grandes figures de terre pleines de silence jusqu'aux nuages. C'est grand l'été
sur ton visage c'est chaud l'été à faire l'amour au creux des arbres dans les
trous des rochers débordants d'eau. Coupe mes racines coupe-moi les mains
lance-les partout lance mes doigts sur le ciel et sur les autoroutes, C'est
extra tes yeux couverts de vagues et les voiliers de ton visage qui jettent du
bleu partout sur mon cœur sur ma gueule sur mon ventre. Cessez de dire que la
vie est une pute qu'il ferait bon parfois s'inonder les entrailles il y a des
gouffres bleus jusqu'au fond de ta tête et des chansons d'enfants morts peut-être
mais pleins de couleurs inventées ça résonne au fond des vieux troncs creux pourris
ça sent comme un envol de vers de terre comme des oiseaux sous la pluie sur un
fil électrique, J'aime la terre remplis ma tête de terre je voudrais sentir
l'herbe ou bien le froid la nuit quand tout est mort sauf toi qui danses en
haut des buildings et les grandes lumières de la ville qui valdinguent sur le
ciel noir entre tes yeuxje t'aimerai même derrière le mutisme absolu
des oiseaux même sous le plafond qui a lancé sa toute dernière bouée au fond de
l'ombre Et qui n'a plus rien. Faisons tomber la pluie de terre faisons chuter
les pierres que je te voie encore avec tes yeux un peu paumés là-haut que je te
voie encore emmêlée dans les villes
Et on coulera nos peaux dans le
rire alangui des vagues on s'élancera sur le fleuve de nos corps parcourus
d'encre et de peinture on passera sur les nids brûlants des troupeaux sur ton
sourire pendu aux branches du caroubier On fera de nos doigts des sagaies et on fendra
la terre immense au rythme des tam-tams et les mangroves de sexes bleus de
clameurs fauves et de tonnerre hurleront pour nous jusqu'au fond des blessures
jusqu'aux racines lointaines de la nuit assourdie
et du sang
Mon dieu comme c'est facile
d'écrire le mot sang comme c'est facile de dire "tu crèves lentement de
froid sous le soleil" mais tu es seule très seule
tu es seule
tu crèves lentement sur le toit des
immeubles
et des milliards d'avions
contournent ton visage
et tu ne vois plus rien que le
désert immense l'horizon les nuages
l'océan des ravages et la pluie
sous tes ongles
restés plantés dans le décor
au fond des traînées d’herbe et sur les planches cloutées
Tends ta main vers l'avant donne-la
à la fenêtre regarde en bas nos tronches sur les vitres
et le soleil
tu l'entends il éclate en mille
petits morceaux de verre dispersés dans le vent
Regarde regarde-le tout ce béton
qui monteles nuages sont si grands Regarde
regarde
Je veux un masque de terre
toi tes pieds plantés dans l’air
aube coupée poumon réinventé
toi tes pieds plantés dans la mer
sourde
Je veux un masque de terre
long voyage longue danse ouverte
sur le fleuve long serpent long
Merci Malvina, ça c'est une bonne nouvelle ! J'attends avec impatience de réentendre ta voix ;-)
Malvina Spire, le 22-03-2009 à 00:41:22 :
Oulala !
Et bien une version bêta qui est en béton !
Des moments forts, sincères, intimes qu'on prend en pleine figure et on en redemande. La Nouille a raison que c'est bon !
Merci
P.S. J'ai enfin un micro ! mais j'ai quelques problèmes pour envoyer mes enregistrements...dailymotion, putfile refusent le format de mes enregistrements. je dois faire une mauvaise manip au départ...
la nouille martienne, le 20-03-2009 à 12:55:09 :
Perenne
toujours aussi prolixe ...
je me suis mise en orbite et j'ai goûté aux couleurs de ta planète fleuve
ébloui par ses mille facettes aiguisées
dieux, que c'est bon, que c'est beau de découvrir un monde qui se dévoile sans fard !