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Quelque chose de cette mer où s'entrouvre ton ventre » L'importance de crier | Bloguez.com
Quelque chose de cette mer où s'entrouvre ton ventre
21/2/2009
Paysage d'Afrique La mer en boucle d'or fait le tour de ton corps Les murs s'échauffent aux coins de nos yeux sales où s'évaporent tels le sang des prairies roulé sous la pluie grise les longs et cafardeux convois de marchandises
Il n'y a plus rien à prendre dans cette pièce où traînent nos peaux apeurées et quelques vieilles paroles pendues au papier peint Ce soir la vie entière est ramassée dans ce vacarme qui prend son tout premier départ tout là-haut sur le ciel dans les averses comme un essaim de silencieuses et lourdes hirondelles
La mer J'en ai parlé J'en ai goûté quelques décombres Elle a menti la mer La mer ce n'est rien d'autre que cette table dans la salle à manger le soir quand il ne reste rien sur le plat de ta main et dans le grand miroir au mur que la chair bleue que l'air La mer ce n'est rien d'autre que ces langues d'algues froides dont on rêvait un jour couché sur les graviers Ou sous le ciel d'un arrêt de bus quelque part perdu au fond d'une campagne noire
Dans l’entrebâillement minuscule des syllabes Il y a ce battement infini de l'eau sur la chaux vive et sur nos têtes arides et sur nos dunes La nuit elle est allée plus loin encore que la vague de nos peaux la nuit s'est écroulée sur le ciment
une forêt qui tombe aurait fait moins de bruit
Sauver les jungles de mers creuses d'ombres miraculeuses Sauver les meubles aussi et se sauver entre les murs de feu entre les meurtrières se sauver revenir comme avant comme hier se sauver revenir et entendre à nouveau le ramdam de la mort enchaînée dans les arbres suintant le long des troncs et dans la sève des baobabs et dans le lit des fleuves et sur les routes la faim qui croule la nuit qui danse et les gouttes aveuglantes des révoltes aux bords fiévreux de la poussière au front du sable
On a erré Pendant deux mille ans on a erré Et on était de l’eau brûlante sous la pluie verte des gouttières des graines de sang et d'incendie lancées dans les brasiers de la mousson assoiffés assoiffés nous étions des silences tirant des caravanes de songes et des larmes sauvages et nous passions Entre les haies que l’on égorge et que l’on serre entre nos doigts pour qu’elles plient comme des planètes qu’on mâche machinalement pour tuer le temps
il y avait longtemps que nous n'avions rien dit on se taisait et la nuit elle aussi se taisait et les ours se taisaient Et la mort se taisait
Aujourd’hui elle est là toute droite à la porte elle est debout la mort Elle racle au front des arbres au front des hommes au front des bêtes Elle est un tourniquet d’enfant la mort Elle est ce train qui passe dans l'arrière-boutique de nos têtes et qui nous émerveille encore un peu par ses fenêtres grises où traînent deux ou trois traces de doigts et des têtes de totos tristes à crever gravées dans son écorce blanche
Et la vie se taisait
la vie s'est tue ce soir il n'y a plus rien à prendre dans cette pièce où traînent les dernières miettes du dernier désert
S'il reste un cri c'est celui de la nuit tout simplement la nuit et rien d'autre que la mer la voix des mouettes autour de nos peaux sèches Et puis le bras des heures qui fait tomber la neige sans bruit dans la cuisine qui fait tourner ton ventre dans le café froid
avec l'appel inconsolable des bateaux qui roulent dans ta tête.

nicolas de staël, "les mouettes"
Catégorie : Poèmes
Commentaires
antonkarmazoe, le 09-03-2009 à 20:21:35 :
merci "Moi, perso, j'attends ton prochain poème comme si c'était un blockbuster."
Ha ha
Merci Amir, vraiment.
Amir_, le 09-03-2009 à 05:33:06 :
Titre [mode intello relou ON]
Je me suis accroché pour celui-ci, ça fait plusieurs fois que j'essaye de le lire... Chaque fois que je commençais du début, rien à faire, je ne rentrais pas dedans. Je ne savais pas de quoi tu parlais, où on était, ça ne m'intéressait pas. Quand je lisais au hasard, comme il m'arrive de le faire en te lisant, je trouvais des strophes magnifiques, dans les deux derniers tiers du poème, mais je n'arrivais pas à les relier ensemble. Et puis ensuite... je suis un noob sans doute, mais je ne connaissais pas ce tableau, mais dès que je l'ai vu ici, il m'a attiré. Comme pour ton poème je suis revenu plusieurs fois dessus. Et cette nuit je suis resté "longtemps" dessus, vraiment, ptet vingt minutes, jvais pas m'étaler dessus mais il me plait énormément. Quand il a commencé à m'ennuyer j'ai remonté la page, et j'ai commencé à lire ton poème à l'envers, enfin dans l'ordre inverse des strophes. Et chaque strophe est incroyable, vraiment incroyable. Je crois pas que ce soit parce que j'ai sommeil, vraiment. Pour moi, elles sont magnifiques. Jvais pas intellectualiser dessus, mais en même temps elles disent quelque chose de simple, et puis, on les lit et relit, quoi, ca fait PLAISIR de les lire, c'est comme manger un bon plat, et c'est un compliment! Enfin, on comprend tout quoi, les mots se répondent... Mais encore une fois les trois premières strophes, mmmmh, je les aime vraiment pas, elles sont pas assez denses, belles. Je pense que c'est parce qu'on ne peut pas les lire séparément, elles ne portent rien toutes seules, contrairement aux autres. Même ce "une forêt qui tombe aurait fait moins de bruit" se suffit a lui même, il y a un espèce de gros silence dedans malgré ce qu'elle contient; enfin bref, ces trois strophes, chez moi ca gache tout, mais TU es le poète ( et dieu sait ce qui se passe dans ta tête quand tu ponds de tels chefs-d'oeuvre oO ).
Pour moi, ce truc là que tu as fait, c'est un sacré monument. Et je pense que tu peux encore ajouter plein de choses dessus. Je sais pas, il emporte. J'avais bien aimé, je crois que c'est Communication breakdown; tu m'avais dit que c'était presque une impro, et il était particulièrement "violent" ( celui-ci est bien plus paisible ). Mais j'y ai trouvé une même sensation, je ne sais pas comment définir ça. Ca explose de partout. En même temps tous tes poèmes font un peu ça... enfin bon.
Sérieux, si un jour je rencontre un critique d'art ( en général ), renommé, ou je ne sais pas quoi, si je lui montre tes poèmes, et qu'il me dit que ça vaut rien... alors c'est soit que j'suis un cas désespéré parce que ce que tu fais ca explose tout ce que j'ai vu ( soit, j'ai pas vu beaucoup ), et alors je comprendrai jamais rien à l'art; soit c'est que l'art c'est vraiment du bullshit.
T'es à deux doigts de me faire pleurer comme un bisounours, tellement ce que t'écris ça en jette.
Bref,
[mode intello relou OFF ]
Moi, perso, j'attends ton prochain poème comme si c'était un blockbuster.
keep on
clysthendra, le 23-02-2009 à 22:16:53 :
Respire Je surf rarement sur les autres blogs (j'aime trop mon nombril pour regarder plus loin) Je laisse encore plus rarement de commentaire Mais ton titre m'a appelé et ton texte m'a parlé...
Pourtant je m'essouffle, à la quatrième strophe je perd le fil... Je reviendrais le lire, un soir où je serais moins fatiguer
Mais si je puis me permettre, quand tu écris, lève la tête, et pense à respirer...
Amitié, Clysth
la nouille martienne, le 21-02-2009 à 17:44:26 :
sans choisis tu l'illustration après avoir écrit ou est ce la source de ton inspiration ?
Pourrais tu sans douleur décoller le poème de l'image ?
fleuve de mots et instantané de mouvement
Je suis allée jusqu'au bout mais je me suis accrochée
je suis une adepte des poèmes concentrés où chaque souffle prend son poids et chaque mot une autre dimension...
si je puis me permettre, je crois que tu dilues l'émotion sur la longueur et même dans les méandres somptueux à trop vouloir superposer les images, on perd en intensité
là encore, ce n'est que mon avis perso, nouille trop cuite
c'est beau d'avoir le sang bouillonnant qui déborde alors épanches toi et lit qui veut !
je vais me taire mais sache que je t'ai à l'oeil ;-))))
antonkarmazoe, le 21-02-2009 à 23:01:15 :
re: - Non cette illustration n'est pas ma source d'inspiration et je pourrais sans problème en séparer le poème. Mais ce blog est aussi l'occasion pour moi de mettre en avant les peintres que j'aime (Hopper, Kandinsky, Klee, De Staël..), et qui forcément influent sur ma vision du monde et donc sur mon écriture, même inconsciemment.
- Tu as mis le doigt sur un point qui me taraude depuis un bout de temps: mon incapacité à concentrer mon écriture. J'essaie de faire court, mais me sens toujours emporté dans un rythme que j'ai peur de briser, que je veux laisser soupirer et expirer lentement. Je crains toujours de brusquer les choses en faisant trop court. ça m'agace, j'aimerais y parvenir. Mais je suis moi-même adepte des poèmes longs : la Prose du Transsibérien de Cendrars, Sable Mouvant de Reverdy comptent parmi les textes que je place au-dessus de tout. Pour l'instant, je continue donc à persévérer dans le poème long, progressif, qui me permet de mettre en place des rythmiques qui donnent un souffle à l'écriture.
Merci de ton avis en tout cas, je suis conscient que la lecture des textes longs est, malheureusement, souvent fastidieuse...
Je continuerai à m'épancher ! ;-)
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