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A bout de souffle » L'importance de crier | Bloguez.com 

 A bout de souffle

18/11/2008



                                                    A BOUT DE SOUFFLE

                                             (ou l'Internationale des Insensés du 21e siècle)





Assez
C'en est assez de voir passer, les jours, les nuits, vos gueules arides de cimetières désherbés
C'en est assez de courir le temps dans les boulevards de vos époques dégurgitantes, assez de scander en dormant vos marches abjectes aux grands échos des murs
Assez d'enrouler dans les barbelés mes mains, mes doigts, d'enfoncer mes pieds dans le tumulte de vos boues altières, c'en est assez, mon frère, de courir le bitume
D'enlever par la force sur les grands trottoirs
    les bourses
    les cris
    les sources de la nuit
C'en est assez de nous barricader dans nos poumons serrés comme des poings de révolte
C'en est assez de donner l'uppercut aux cervelles noueuses et dures des spectres démoulés
Assez de chercher une once de vérité dans ce que vois
                       ce que j'ai dit
           ce que j'entends
                       ce que je foule aux pieds
                    ce que j'écrase de mes poings nus sur la surface dure et sèche de la mer enchaînée
c'en est assez de voir courir les chiens entre leurs propres dents
de voir pendre des langues torves sur les allées sur les venues

Je vous hais, vous qui croyez en la raison, vous qui croyez en la raison de ce monde, en la raison de ces goudronneuses, et de ces bovidés, et de ces lumières roses qui flagellent nuit et nuit les 100000 murs de la vieille terre, je vous hais, je vous hais,
et est-ce seulement nécessaire d'ajouter
que mon cri seul existe
    parmi les masses informes de vos syllabes désarticulées
    de vos visages croulants
    de vos crânes lourds de cadavres taris
que mon cri est l'écho de la terre aveugle et sourde qui l'a engendré et qui jamais, entendez-vous, jamais plus n'existera ailleurs que dans ce cri-même
et devrais-je encore dire
que les fleurs sont fanées
que les portes des prisons poussent comme des lanternes dans la grande nuit des jungles nomades
et que la lune est un disque rayé
C'en est assez
assez de vos démarches scrupuleuses entre les bouches lubriques des égouts
assez de vos yeux tombant plus bas encore que les lèvres des priants léchant le sol
Et vous devinez le reste
nous courons je cours il court tu ne cours pas
entre les chemins noirs des potences et des flaques
Et nous sommes debout
tout seuls dans la nuit qui brame
tout seuls dans la nuit en rut
tout seuls sous la lumière déserte des trous noirs
nous sommes seuls
seuls mais debout
et nous sommes grands, mon frère,
grands sous le soleil qui s'éteint et que nos poings seuls tiennent enserré dans leur mâchoire immense,
grands dans notre position même et dans l'ombre que nos yeux gâtés par tant d'années de sueur et de midis brûlants, dans l'ombre que ces yeux ont étalée sur les croûtes avachies du monde,
nous sommes grands, mon frère, dans notre voix, dans notre sang qui sort par toutes les pores de notre chair,
nous sommes grands, mon frère, au-dessus de nous-mêmes, dans le ciel et dans la terre et tout autour de nous,
nous sommes grands

et nous ne fuyons pas
puisque déjà il n'y a plus rien à fuir
et nous sommes là, enfin, et enfin nous sommes pleins de ce néant dont nous rêvions, enfants
et nous sommes seuls dans l'univers immense avec nos voix pour planète et nous sentons déjà que rien
non, rien n'existe plus de ce qui fut jadis
avant l'invention de l'agonie
et du rugissement

Au commencement était le Verbe
et le Verbe était en NOUS
nous, écarteleurs étiques d’espaces et de tropiques
nous, inventeurs perpétuels de l’interminable fuite
nous hommes

et c'est la nuit
la nuit
étincelante comme un bâton de dynamite

alors
dans les boîtes de Rostov à Moscou il y a des femmes qui se lèchent les dents
pas comme des panthères, non,
comme des avions de ligne
qui se collent à l'asphalte
bouche contre bouche
il y a des femmes
des prêtresses aux seins durs et aux fesses d'océan
qu’on retrouve empalées sur des piquets d’or plus froids encore que des fusées

et vous, toujours vous
de haut en bas
dans le jaune pisse de vos fenêtres qui scintillent
 comme des zéros dans un annuaire téléphonique
encore vous
vous et vos faces
vos yeux de chapeaux de roues
vos voix de latrines bouchées
vous

et il fait froid
très froid
la vodka gèle dans les bouteilles et les boulevards s’enterrent
dans les lézardes des visages

regarde-la ta zone maintenant Whilhelm

Fureur ô stéthoscope
le troupeau des cœurs cogne au travers du trottoir
  les quatre fers en l’air
     tu frappes de ton front bleu la pierre sourde des tombes
écoutons la tempête qui bat contre nos tempes

partout et dans tous les pays
tu vois des flammes et des épices qui engouffrent les murs
tu vois des cris
et des oiseaux
et des envolées d’orgue d’un autre monde résonnent dans les tunnels du ciel
et tu joues du tambour sur le cuir de ta tête
tu vois des lunes jaunes
tu sèmes des coups de dents sur toutes les portes sur toutes les serrures


humain
toi qui m'écoutes
qui marches à mes côtés dans les chemins embourbés de lumière
des hurlements de cent milliards de loups affolés
j'ai 18 ans
non je n'en ai pas 2000
et je suis né dans le dernier siècle de votre humanité
déjà je n'y suis plus
je m’évade
je Fugue
à travers l'ouverture béante et brune de ma bouche verticalement renversée vers les étoiles

et je revois
Tout

moi dans l'arbre, enfant, secouant les branches et les écorces tel un grand singe sous la nuit échevelée
moi sur la route, enfant, mâchonnant négligemment un quartier de monde entre les dents du tigre
moi, le poing levé, balançant les planètes au bout d'une chaîne comme un lanceur de rêves
moi sur le sable, enfant toujours, la tête renflée dans ma fureur et des yeux plein l’écume
du regard d’un seul trait renversant les étoiles
moi sur les vagues et sous la peau du vent
sur le chemin des puits de feu
on croit tourner en rond
je vois des cercles de cris sous toutes les paupières
je vois des chauve-souris qui rampent en vagissant dans les boulevards gelés
et des revers de mains à abattre les arbres
Et je voudrais
Sentir
ta peau et tes soupirs
   presqu’île
  verdeur
ô bunker de mon cœur

Et nous voulons
ouvrir d’un mot la chair de tous les masques de toutes les cataractes
nous voulons
hurler
        courir voler s’approprier la terre le feu
renverser les horloges



et ne jamais finir crier encore













Catégorie : Poèmes

Commentaires

elmadjian, le 30-04-2009 à 08:49:57 :

merci

super ! Je me sens moins seul à hurler.

ne lâche pas le morceau...

http://www.dailymotion.com/elmadj

http://www.myspace.com/elmadjian

http://elmadjblog.blogspot.com/

adelline, le 05-02-2009 à 08:02:23 :

quel cri!

j'ai retenu " la lune disque rayé q"ta voix s'enroue dans ce cri  et peut être qu'on peut espérer que la jeunesse trouvera le moyen de sécher la larme qui coule du croissant .

j'ai aussi vu les silhouettes se détacher sur l'ombre debout  ne vous découragez pas !

 antonkarmazoe, le 30-11-2008 à 12:42:36 :

Commentaire sans titre

Eh bien, content de te lire toi aussi Malvina. Cela faisait longtemps, je suis heureux de te croiser ici.

Malvina Spire, le 29-11-2008 à 09:35:48 :

Commentaire sans titre

Texte lu et apprécié ailleurs même si je n'en ai rien dit.
J'aime te lire, j'aime tes cris.

Malvina

 antonkarmazoe, le 27-11-2008 à 21:21:56 :

Commentaire sans titre

Eh bien, c'est toute la fine fleur d'internet qui se retrouve ici ! Heureux de voir que tu es passé Oslo Deauville.

En effet, Mijo et moi nous connaissons depuis que je fréquente ce forum : http://www.forum-poesie.com/ , qui malheureusement est en train de péricliter (oui il ne faut pas se fier aux apparences, les portraits de la page d'accueil peuvent faire peur mais il y a(vait) ici de bons poètes).
A mon avis ce n'est pas le net qui est petit, ce sont les bons endroits qui sont rares...

Oslo Deauville, le 27-11-2008 à 13:49:53 :

Internationale

Je t'ai déjà dit que j'aimais énormément ce texte sur un autre endroit. Mais ce qui m'a le plus surpris c'est de voir Mijo ici, et qu'en plus vous avez l'air de vous connaitre...Internet est petit, tout petit.

JE te suis à la trace.

 antonkarmazoe, le 25-11-2008 à 21:11:16 :

Commentaire sans titre

Salut Mijo! ça fait plaisir de te retrouver ici, surtout pour lire un tel commentaire ! A vrai dire, je n'attendais que le tien pour accorder un jugement définitif à ce texte, qui de toute façon m'a donné énormément de jouissance rien qu'à l'écriture. J'ai enfin l'impression de faire ce que je veux, de parvenir à propulser les cris au-dehors pour en recueillir à nouveau les échos

Merci d'être passée, en espérant te lire à nouveau ici ou ailleurs,
Anton air de Brest

nota : ne change pas ton pseudo, ou je risque de ne plus te reconnaître...

nota2 : Moi ce sont les fonds blancs qui me font mal aux yeux. Je vais peut-être changer de couleur, mais ce sera pour rester dans des tons nocturnes... enfin, chaque chose en son temps, c'est déjà un tour de force de ma part que d'avoir réussi à créer un blog^^

MIIJO, le 25-11-2008 à 10:42:37 :

Pleine lune

c'est un très beau texte, Anton, aussi poignant qu'un hurlement par temps de pleine lune

même si hélas, la poésie se love de préférence dans les chants de douleur et les cris de révolte

ta plume lui offre un écrin où se blottir

 

 

//Fureur ô stéthoscope
le troupeau des cœurs cogne au travers du trottoir
  les quatre fers en l’air
     tu frappes de ton front bleu la pierre sourde des tombes
écoutons la tempête qui bat contre nos tempes //

ce passage là (au hasard) parce qu'il saute du tu, au il, au nous, comme un bronco brachycardant

MORE MORE MORE !!!

 

nota : il y a déjà un Mijo sur ce site, j'aurais du déposer un copyright (!) je vais devoir réfléchir à un autre pseudo

NOTA 2 / pourquoi toujours choisir ces fonds noirs lugubres et pénibles pour les yeux ???

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